Patrice Lozano fan de l’ami Georges


Il a longtemps roulé sa bosse comme professionnel du BTP sur les sites pétroliers du monde. Depuis qu’il a raccroché le chapeau et les bottes du baroudeur, Patrice Lozano, un costaud à la bouille épanouie s’adonne sans mesure à sa passion : Georges Brassens.
Pour le rencontrer dans sa retraite de Murs, il faut se perdre en plein Luberon. Là, l’homme vous entraîne au sous-sol et vous ouvre les portes d’un véritable sanctuaire. A droite en entrant, les punaises aux quatre coins de la carte du monde racontent ses péripéties de globe-trotter. Tout le reste est consacré à l’ami Georges. Disques, cassettes, affiches, livres rares, photos, éditions originales, vieilles revues qui mettaient le très discret Brassens à la une de façon intempestive.
« Un jour, une revue annonça même que Brassens était mort. Avec son humour et sa gentillesse, il téléphona le lendemain pour dire : je trouve que c’est peu exagéré », raconte Patrice Lozano, se délectant des ces anecdotes qui résument le personnage avant d’évoquer fort à propos le « Bulletin de santé », que Brassens composa pour ce moquer des excès médiatiques.
Sur son sujet favori, Patrice Lozano est intarissable. Brassens, sa vie, son œuvre, il connaît tout par cœur, vous fait un cours magistral, précis, étayé sur « la thématique brassénienne », puis vous chante comme ça, tout à trac, un morceau. « Tonton Nestor, vous eûtes tord, je vous dis tout net, vous avez mis la zizanie aux noces de Jeannette » : cette chanson où il a puisé le nom de son association, « Tonton Nestor », fondée l’an dernier.
Le virus Brassens, Patrice Lozano l’a attrapé à 17 ans, juste après avoir découvert les Rollings Stones. « C’était au lycée d’Apt en 1967. j’ai eu le flash. Jusqu’alors, j’avais voyagé à l’étranger avec ma famille. Je n’avais pas eu l’occasion d’entendre chanter Brassens.
Les chansons de Georges, depuis, l’ont poursuivi. Il a voulu transmettre cet héritage. « Dans la voiture, tous les matins, j’emmenais mon fils au lycée. Je lui mettais du Brassens pendant tout le trajet. Un quart d’heure de Brassens par jour, quand on est ado, ça ne peut pas faire de mal… »Maintenant, c’est à tous les publics, à commencer par les scolaires, qu’il s’adresse en proposant une exposition sur le parcours du chanteur - poète, complétée par une causerie et couronnée par un concert d’Archibald Trio, trois compères se référant ouvertement à « Oncle Archibald », une autre figure de l’univers Brassens.
Entre – temps, Patrice poursuit sa quête des enregistrements rares, des affiches originales, des objets cultes dénichés, échangés entre fans. « les réseaux Brassens, ça existe. Il y a plusieurs associations nationales, des sites, une revue. Un vrai forum. Des étudiants font des thèses sur lui. Tenez l’autre jour encore, je polémiquais avec l’un d’eux sur Brassens c’est un libraire, un rebelle… »
S’il a croisé quelques-uns des grands amis de Georges, dont Pierre Onteniente, son fidèle secrétaire particulier, Patrice Lozano n’a jamais rencontré son idole. « Je n’aurais pas pu prétendre à une vraie relation d’amitié. Et me contenter d’une revue de groupie, cela m’intéressait pas », lâche-t-il, sans amertume.
Reste une relation d’admiration et de fréquentation intime. « Les gens qui m’aiment bien me ressemblent toujours un peu, disait Brassens. Comme lui, j’ai l’esprit frondeur, un peu rebelle ».
Une forme de proximité avec un inconnu, mi-fleur bleue, mi-gorille, capable de faire avec la délicatesse que l’on sait sa « non-demande en mariage » à Pupschen, la femme de sa vie et d’enchaîner sur la ronde des jurons.

Carina Istre
La Provence (22/02/2003)